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Cachemire, lumineux objet de désir

13 avril 2021 -

Le cachemire, un fantasme tactile

Quoi de plus attirant que les fibres nobles pour tisser ? La soie, la pure laine, le chanvre, etc., déclenchent une attraction immédiate. Leur douceur, leur chatoyance, la profondeur que revêtent les couleurs dont on les imprègne, tout crie « tisse-moi ! ». Ma petite favorite du jour : le cachemire.

En avant pour un mini cours sur cette fibre précieuse, aussi rare que coûteuse.

Le cachemire, c’est du poil de chèvre. Pas n’importe laquelle ! La chèvre cachemire, bien sûr.

Ce joli animal est originaire des hauts plateaux tibétains. Elle a une grosse toison naturelle qui se double en hiver d’un duvet supplémentaire pour la protéger du froid intense de l’altitude. C’est ce duvet qu’on utilise pour filer une laine particulièrement douce, moëlleuse et chaude. Intéressant à savoir : il suffit de les peigner au printemps, et le duvet vient tout seul. Bien sûr, c’est un peu long.

Il y a des catégories en fonction de la zone. La plus prisée des laines est celle qui provient de la gorge. On obtient une fibre très fine qui sert à la confection des pashminas, ces étoles hors de prix dont il est si agréable de se parer. Pour la petite histoire, c’est l’impératrice Joséphine qui en lança la mode en Europe, son mari Napoléon lui en ayant rapporté de sa campagne d’Egypte.

Châle ayant appartenu à l’impératrice Joséphine, exposé au musée de l’Oise à Beauvais – photo d’Adrien Didierjean

 

Quand on furète un peu, on tombe assez rapidement sur des images qui font mal de maltraitance animale (non, je ne vous les mets pas, elles sont consternantes). Les pulls en cachemire à bas prix se généralisent, cela ne se fait pas sans casse humaine et environnementale au passage. PETA, l’association de défense animale, a révélé il y a deux ans les conditions atroces d’élevage, de tonte et d’abattage des chèvres en Chine et en Mongolie, qui sont les producteurs et exportateurs de 90% du cachemire mondial. Alors que faire ? Et bien on a le choix de la proximité . Entrée en scène de Cécile.

Cécile et son compagnon Sylvain ont une exploitation en touraine où ils font -entre autres- de l’élevage de chèvres cachemire. Elevage totalement vertueux : petit troupeau, laine peignée à la main à la saison de chute naturelle du poil, traitement au savon et pas à l’acide, dans une filature française s’il vous plaît ! Cécile teint ensuite la laine obtenue avec des plantes de son jardin et vend les écheveaux, et également de charmants ouvrages tricotés main. Tous cela est visible sur le site de l’exploitation : https://www.cachemiredetouraine.com/

Alors, oui, tout cela a un coût. Et oui, le cachemire est une fibre de luxe. Mais c’est un luxe abordable et à encourager : on ne traite pas cette laine-là avec désinvolture, et on entretient les pièces en cachemire avec respect et attention. Elles ont une qualité incomparable de douceur et un aspect inimitable. Elles nous tiennent tellement à cœur que quand il y a un petit accroc, on a plaisir à inventer des réparations qui peuvent même être arborées fièrement, dans l’esprit du kintsugi japonais. Peut-être ne connaissez-vous pas cet art qui consiste à réparer un objet en céramique ou en faïence avec un ciment spécial pailleté d’or ? C’est merveilleux. Les objets réparés sont encore plus beaux qu’avant. Et bien pour les pulls, c’est pareil. Deux exemples ci-dessous.

Des coudes d’automne – photo instagram pretext studio

Broderie – photo du site Interweave.com

Là, on est aux antipodes de l’esprit de la fast fashion ! Enfin, vous l’aurez compris, le cachemire c’est ma passion. En conclusion, je n’aurai qu’un mot : allez voir Cécile et ses chèvres, ça vaut le coup.

Margodric