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Le nœud tirant

Grâce au noeud-tirant, les Soyeux de Lyon tissent des liens avec Chinon

16 juillet 2018 -

Quand on parle tissage avec des Lyonnais, on est toujours sur ses gardes pour ne pas froisser… Qui sait que c’est à Tours que les premiers soyeux se sont installés ?

L’histoire de la soie à Tours remonte à Louis XI qui décida en 1470 d’implanter la première manufacture royale de soie à Tours pour réduire l’importation des étoffes d’Italie. Un siècle après sa création, la soierie faisait travailler près de la moitié de la population.

Mais en 1536, François Ier accorde une Charte à deux commerçants, Étienne Turquet et Barthélemy Naris, pour développer la soierie à Lyon, puis en 1540, il donne le monopole de la production de soie à la ville de Lyon.

C’est le début de la concurrence entre les deux villes : la cour s’éloigne de la Touraine et les commandes passées à Tours se raréfient.

 

Le tissage crackle en soie tissé devant public

Un tissage en soie, à faible densité : 26 fils au centimètre

A Chinon, de façon beaucoup plus modeste, ARTissage tisse aussi de la soie.

Et voici que le 11 juillet 2018 j’ai rencontré trois soyeuses lyonnaises retraitées, Liliane, Yvette et Andrée. Des « retordeuses » qui toute leur vie ont noué des « noeuds-tirant » pour attacher des fils de soie entre eux.

Mais le noeud-tirant, au fait, c’est quoi et quel est son intérêt ?

La densité des tissages en soie peut atteindre cent fils par centimètre. Sur une largeur de 1,20 m, faites le compte, c’est énorme ! Le travail d’enlissage et d’empeignage prend donc beaucoup de temps et nécessite une grande minutie. Pour gagner du temps et pour éviter des erreurs, les soyeux changeaient le moins souvent possible d’enlissage en raboutant les fils de la chaîne tissée au fils de la chaîne suivante. Une nouvelle ensouple garnie de fils remplaçait l’ancienne ensouple vide. Les fils de l’ancienne ensouple étaient coupés au ras des baguettes d’encroix puis noués aux fils de la nouvelle chaîne.

 

L'industrie des Soyeux

L’industrie des Soyeux

Le nœud qui les raccordait devait être très solide et ne pas se défaire lors du passage dans les œillets des lisses ou entre les dents du peigne. Il devait en plus être assez fin pour glisser facilement. Le nœud-tirant a la particularité de se bloquer lorsque l’on tire dessus, pour passer sans s’accrocher dans les lisses ou dans le peigne.

Même s’il est bien rare d’avoir à faire ce nœud à ARTissage puisque nous nous amusons surtout à diversifier nos tissages, il arrive que nous ayons un nouvelle chaîne à attacher sans changer l’enlissage. Nous utilisions le nœud de tisserand. Mais peu habiles, il nous demande du temps et parfois se défait.

Alors, quelle ne fut pas ma surprise et ma joie de voir entrer dans notre atelier estival à l’ART est PUBLIC ces anciennes retordeuses. Lilianne et Yvette. Puis de prendre RDV avec Andrée à l’hôtel le lendemain matin à Chinon où tout un groupe de Lyonnais, dont d’anciens soyeux, s’était reposé…

 

Apprentissage du noeud tirant par des Soyeux de Lyon

Les Soyeuses de Lyon m’apprennent le noeud-tirant

C’est ce fameux nœud-tirant que ces visiteuses m’ont enseigné sur la place. Elles étaient retordeuses ! Elles nouaient la nouvelle chaîne à l’ancienne. Et c’est donc sur la place qu’Andrée a retrouvé les gestes d’avant, sous l’œil amusé de ses amies et amis qui se sont mis à chantonner la marche des canuts.

 

La Marche des Petits Canuts 2

La Marche des Petits Canuts

Autre hasard du même cru : à l’occasion d’une ballade dans la région avec le groupe de travail du Tissages Partagés (rencontre annuelle de tisserandes françaises), nous sommes tombées sur une « rentrayeuse ». Les rentrayeuses reconstituaient à l’aiguille une partie défectueuse d’un tissage en refaisant la trame ou la chaîne lorsqu’une déchirure s’était produite sur le tissage.

Quel bonheur qu’au gré des hasards de la vie, l’on puisse se ré-approprier ces savoir-faire ancestraux en voie de disparition…