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Journées du patrimoine de septembre 2020 – Artissage à l’Hélice Terrestre

25 novembre 2020 -

L’hélice terrestre : un lieu unique, par des gens uniques

Les journées du patrimoine ont un double avantage : nous obliger à sortir de nos canapés, et nous permettre de découvrir des trésors insoupçonnés présents dans une multitude d’endroits autour de nous. Car nous avons cette chance inouïe en France, pays de Cocagne des artistes les plus improbables. Il me semble que dès que la vie m’emmène sur les chemins creux de la France la moins mise en avant, celle qui n’est ni bling-bling, ni en bord de mer, ni en haute montagne, je me retrouve à faire connaissance avec des artistes visionnaires, discrètement démesurés, baroques et modestement grandioses.

Nous avons en Anjou un exemplaire de loufoquerie sérieuse picturale et romanesque : c’est Jacques Warminski. Cet olibrius a fabriqué un site d’une incroyable poésie, sur un mode mono maniaque inspirant et total : l’Hélice Terrestre. Cet endroit merveilleux est le siège aujourd’hui d’une de ces associations que nous chérissons et qui n’a d’autre but que le partage festif dans la bonne humeur pour la sauvegarde d’une œuvre unique. Ici les passionnés sont regroupés sous le nom d’Artrodytespace (et ils ont, comme tout le monde, des super projets qui nécessitent des sioux, donc, lien : https://www.helloasso.com/associations/artrodytespace ).

Nous adorons chez Artissage les gens qui sont l’illustration de cette merveilleuse maxime de Mark Twain, « ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait ». Parlons un peu de l’Hélice Terrestre : il y a un super article facilement trouvable qui dit tout ce qu’on sait sur l’endroit et le créateur (http://peccadille.net/2015/09/01/helice-terrestre-jacques-warminski/). Pour faire court, ou pas, résumons l’aventure en deux étapes.

Premier temps : Jacques Warminski, enfant, passe ses vacances en pays saumurois à proximité d’un des derniers villages troglodytiques habités de France. La vie passe, l’industrialisation triomphante vide les campagnes et le village perd ses derniers résidants à la fin de la seconde guerre mondiale. Devenu adulte, et artiste, le Jacques W se met en tête de sauver ce lieu chéri. Il retrouve un à un les propriétaires des troglos, à l’époque envahis de monceaux d’ordures (le village s’étant peu à peu transformé en décharge sauvage), et leur rachète. Ca lui prend dix ans. Puis nettoie l’endroit. Avec sa brouette. Et tout un tas de bénévoles, amis, étudiants des Beaux-arts. Moi je dis : total respect.

Jacques Warminski – Photo prise sur le site de Peccadille.net, auteur inconnu

Deuxième temps, il prend son marteau et son burin, et continue à creuser. Ca fait des gravats, mais bon, il a gardé sa brouette. Les galeries s’ornent peu à peu de formes abstraites, colimaçons texturés, pseudo créatures fantastiques. Et puis, comme il a de la suite dans les idées, il moule ses créations, les reproduit en béton, et les expose à l’extérieur. Quatre ans pour ça, quelques mille tonnes de caillasses. Toujours avec la même brouette (elle a pris cher). Fin du chantier, 1994. Et puis boum, il meurt (en 1996). Ceux qui l’ont connu gardent en mémoire un géant inoubliable, plus grand que la vie, qui mangeait et buvait, tonitruait et rêvait comme dix. Un Gargantua poétique.

Alors il reste cette œuvre improbable. Et depuis 1994, Artrodytespace fait vivre le village, entretient l’endroit, célèbre le génie du visionnaire en organisant des manifestations et des visites.

Visiteurs de l’atelier de tissage d’Orbières, C° Elyane d’Artissage

Et donc, on y vient, lors des journées du patrimoine en septembre dernier, Artissage a été convié à venir animer l’ancien atelier de tissage d’Orbière (le village troglo dépositaire de cette fantaisie sculpturale et architecturale). Le ou la tisserand-e fabriquait à l’époque des voiles en chanvre pour les bateaux qui descendaient la Loire. Pour l’occasion, ce sont Betty et Pierrette qui ont fait le déplacement depuis Chinon. Elles ont tissé en douceur dans l’ombre des parois de tuffeau crémeux, pendant qu’ Elyane, grande prêtresse de la rencontre, présidait aux explications que demandaient les visiteurs. Ces derniers furent nombreux, agréables, curieux … Du plaisir pour nos trois camarades.

Tissage en démonstration – photo d’Elyane d’Artissage

En ce moment, je ne vous apprends rien, pas possible de visiter l’endroit. Il est fermé jusqu’à nouvel ordre. Mais dès les beaux jours de retour, au sens propre comme au figuré, précipitez-vous. Ca vaut le détour ! Et ils ont même un site : http://heliceterrestre.canalblog.com/

A bientôt, prenez soin de vous. Je ne résiste pas au passage à vous mettre très humblement en garde contre les théoriciens de tous poils qui nous minent le moral, déjà bien rudoyé par les circonstances. Et méfiez-vous des complotistes. Comme l’a si bien dit Michel Rocard : « Toujours préférer l’hypothèse de la connerie à celle du complot. La connerie est courante. Le complot exige un esprit rare. »

Margodric