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Le stage de juin 2014 : un éloge de la diversité…

14 juin 2014 -

Qu’est-ce que comprendre le tissage si ce n’est comprendre que des fils de chaîne se lèvent ou ne se lèvent pas à chaque passage de duite. Et qu’ainsi, à chaque trame, si le fil de chaîne est levé, il sera visible verticalement sur le tissu, et si le fils de chaîne reste abaissé, il laisse passer le fil de trame qui devient ainsi visible horizontalement.

Comprendre aussi que si un fil sur deux se lève alternativement, alors, nous obtenons une toile. Et pour compléter un peu, si deux fils voisins se lèvent ensemble, alors, on a des flottés. Voilà l’idée de base !

Aux stages et aux ateliers viennent des personnes très différentes et l’approche de ce principe d’entrelacement n’est pas compris de la même façon par chacun.

Cinq stagiaires sont présentes à ce stage de juin 2014. Isabelle, tisserande confirmée, vient étudier l’été-hiver. Elle s’installe sur le métier Arm à contremarche et joue avec les 4 cadres et les 6 pédales  nécessaires ; un été-hiver classique : 1-3-2-3 / 1-4-2-4, mais avec 5 couleurs en chaîne. Alors, recherches autour d’une harmonie de couleurs et essais de différents pédalages possibles.
C’était chouette d’entendre Isabelle faire rouler la navette et battre son tissage. Le cliquetis des lisses en métal rythmait nos journées…

Sans doute cette musique a-t-elle aidé au calme et à la concentration des 4 autres stagiaires, toutes débutantes et désireuses d’apprendre durablement.
Arlette, Béatrice, Jacqueline et Pascale, avec leur cahier et leurs crayons fraichement taillés, ont d’abord dessiné les fils s’entrecroisant pour voir la toile, puis le sergé, puis tout autre sorte de structure de tissage glanée dans des livres mais surtout imaginée, inventée par elles-mêmes autour d’un enlissage suivi très classique : 1-2-3-4. Et c’est là que la diversité des personnes se révèle.

L’une dessine son attachage, son pédalage et son tissu, puis l’expérimente sur son métier.
Sa méthode : écriture du bref puis échantillonnage

 

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L’autre dessine le tissu, avec des couleurs, puis le tente sur le métier.

Sa méthode : coloriage du tissu souhaité puis recherche de l’attachage et du pédalage correspondant au dessin. C’est là que les métiers à tisser à manettes sont très pratiques…

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Une autre encore va directement sur son métier et lève les manettes en transformant son idée en tissage, pour ensuite la retranscrire sur son cahier.

Sa méthode : tissage puis retranscription.

La quatrième enfin écrit son attachage au hasard, à l’inspiration entre les 14 combinaisons que permettent les 4 cadres, puis à l’occasion, corrige un cadre qui serait toujours resté levé ou baissé.
Sa méthode : écriture de l’attachage, puis du pédalage.

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Une seule règle quand même : quelque soit la méthode de compréhension de chacune, quelque soit la méthode d’échantillonage, que toutes soient capables de retranscrire dans un langage commun. Ainsi, nous avons passé du temps à écrire et à transformer les idées de chacune pour dessiner un bref compréhensible par tous… De bonnes parties de rigolades !

Un peu comme à l’école maternelle, nous avons appris à lire et à écrire avec un alphabet commun. Et ainsi, les 4 chercheuses ont pu partager leurs découvertes pour qu’une autre l’échantillonne à son tour. Mais surtout, nous avons pu regarder ensemble, d’une manière sûre, ce qui est écrit dans les revues et bouquins de tissage du monde entier. Bien sûr, quelques pays ont leurs propres habitudes… attachage à la baisse, écriture du schéma d’enlissage en bas de la page et inversé, cadre 1 le plus éloigné, pédalage du haut vers le bas, ou l’inverse… mais, malgré tous ces pièges, tous les schémas sont compréhensibles et reproductibles !!!

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Ces 4 débutantes sont restées concentrées et joueuses toute la semaine, essayant et essayant encore jusqu’à ce qu’enfin, tout soit compris. C’était vraiment amusant de les voir si attentives et si désireuses du résultat, tout cela au rythme régulier et apaisant du tissage d’Isabelle qui avançait elle aussi dans ses découvertes.

À ce stade, certaines ont souhaité ré-enlissé leur chaîne pour s’essayer à une autre structure  pour la dernière journée : été-hiver, ceinture de moine et chemin de rose ont été choisis. Une seule a osé rester sur l’enlissage initial, pour continuer à tester de nouveaux pédalages et attachages sur son enlissage 1-2-3-4. Et il y en a tellement, c’est un jeu sans fin.

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Quelle surprise pour moi, et peut être pour elles, de voir que nous avons autant dessiné que tissé, et que la compréhension s’est faite aussi bien avec le crayon qu’avec les fils. Au final, l’échantillon de tissu avec lequel chacune est reparti n’est pas forcément une œuvre d’art, mais il raconte l’histoire des essais, des recherches, des audaces, des échecs et des réussites de la semaine écoulée. Une véritable bande témoin…

Le temps a forcément manqué un peu, sauf pour Arlette qui a pu emmener le métier chez elle le soir et continuer les recherches. Et déjà de nouveaux projets : acheter un métier pour l’une, revenir en stage une prochaine fois pour une autre, ou s’inscrire aux ateliers APPRENTissage pour les plus proches voisines et rejoindre les ARTisserands chinonais.

Merci de votre ténacité, les filles. Vous m’avez comblée ! Vous avez bien voulu faire l’effort d’apprendre ce langage commun, vous faites désormais parties de la communauté des tisserands, tous les tissages vous sont maintenant accessibles !!!