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Et si on inventait le haut tissage ?

28 août 2020 -

Il paraît que le tissage remonte à l’antiquité. Ce qui est sûr, c’est que les égyptiens, du temps des pharaons, portaient des vêtements tissés. Les grecs aussi. Une rapide recherche internet m’apporte les résultats suivants : on aurait des traces attestées d’ateliers artisanaux de tissage depuis le troisième millénaire avant JC (merci wikipédia !) en Mésopotamie. Mazette.

Et depuis, on a inventé des métiers mécaniques plus performants, plus techniques, qui ont apporté de nouvelles connaissances et permis de créer de nouvelles armures, puis des structures à l’infini. L’industrialisation s’est imposée, les cadences de production ont augmenté. Le vêtement a changé de nature : il s’est mis à devenir « à la mode ». Et donc, aussi, après un certain temps (de plus en plus court), obsolète … Notion dangereuse. Car la profusion d’habits conçus pour ne plaire qu’une seule saison entraîne des problèmes cataclysmiques (pollution, surexploitation de matières premières, conditions de travail intolérables humainement pour les ouvrier-e-s du textile, etc).

Bien sûr, il reste du rêve et de la splendeur dans la mode. C’est à ça que sert la haute couture. Faire vivre d’incroyables entreprises au savoir-faire admirable (autant que leurs noms : plumassiers, corsetiers, chapeliers, feutriers et j’en passe). Et bien sûr, au sein de ces quelques temples très fermés d’ateliers précieux, des tisserands. Chanel, entre autres, en emploie pour la confection des tweeds utilisés pour la réalisation de ses fameux tailleurs. (CF https://sosoir.lesoir.be/et-la-maison-lesage-crea-le-tweed)

Tisserande de la maison Lesage, prise sur l’article en référence

Alors, j’en viens à ce qui devrait nous faire tilter : quand on va sur la liste officielle des métiers d’art de l’INMA, il existe bien une fiche consacrée à notre passion commune, nous les Artisserand-e-s (CF https://www.institut-metiersdart.org/metiers-art/fiches-metiers/textile/tisserand-tisserand-a-bras). Elle est déprimante. Si on en croit le texte, à la fin, il est clairement dit qu’on ne peut pas en vivre, financièrement du moins. Est-ce que c’est décourageant pour autant ? Et bien non, bien sûr. Je crois qu’on peut clairement dire, nous toutes et tous, que c’est une passion qui nous anime. Qu’elle nous nourrit bien plus qu’elle ne nous coûte, que ce qui nous rassemble rue des marais, en plus de Betty, c’est un appétit inextinguible pour un art qui est partagé par toute l’Humanité. Un carrefour où se rencontrent l’utile et le beau, et où le sens de communauté prend sa dimension la plus noble. On peut tisser tout seul, on peut le faire uniquement pour soi, mais dans la réalité des faits, la majorité d’entre nous ne pouvons pas nous passer d’apprendre et de réaliser ensemble, ni d’offrir nos œuvres (en général aux gens que nous aimons).

Inventons, ou plutôt revendiquons le haut tissage. Humblement, le but n’étant pas de briller sur des podiums. Mais face à une production de masse de millions de kilomètres de toiles imprimées, à chaque fois que l’un ou l’une d’entre nous s’installe devant son métier, navette en main, gardons en tête que ce que nous faisons est important. Que nous tissions une écharpe ou un essuie-main, c’est non seulement un acte de résistance face à l’industrialisation, mais également un maillon que nous forgeons qui nous lie fraternellement les uns aux autres.

C’est la rentrée la semaine prochaine, et en ce moment, quelques séances de rattrapage-Covid ont lieu à l’atelier de Betty. La communauté des Artisserands résiste ! Haut-tissez bien, et à bientôt .

Margodric