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Tatouage et tissage, une histoire d’Okinawa

3 octobre 2020 -

Tatouage et tissage, une histoire d’Okinawa

Le tatouage est à la mode. En été, lorsque les corps se dénudent en partie, on ne compte plus désormais les chevilles, omoplates, biceps, etc ornementés que l’on croise dans les rues ou pour les plus chanceux, sur les plages. Ce n’était pas si populaire il n’y a pas si longtemps, un art réservé aux franges les plus interlopes de notre société (anciens tôlards, prostituées, marins). De nos jours l’encre fait florès, et on arbore le plus souvent des motifs avec une signification profonde intime, qui nous semble nous appartenir en propre.

Avec cette mode paraissent de nombrex ouvrages intéressants sur cet art qui fait partie de quasiment toutes les civilisations de la planète. L’un d’entre eux, Histoire illustrée du tatouage à travers le monde de Maarten Hesselt Van Dinter (que j’ai emprunté à ma bibliothèque municipale), offre un tout petit chapitre sur une ethnie que je ne connaissais pas, les Miyakos. Ils vivent sur les îles d’un archipel proche de l’île d’Okinawa.

Les femmes de cette ethnie sont tisserandes (ça y est, on y vient !). Elles tatouent leurs mains pour y exposer en partie leur art, en partie pour arborer des motifs contre les mauvais esprits. Très simples, à la limite de l’abstraction, ils figurent des feuilles de bambous, des ciseaux, des canettes. Une table mise pour le thé, des grains de riz. Et également des motifs de tissage qu’elles reproduisent sur leurs étoffes et qui constituent une sorte de signature familiale et personnelle.

Tatouages Miyakos

L’auteur raconte une légende qui serait à l’origine de cette coutume : comme d’habitude, c’est l’histoire d’une jeune fille belle et douée, ici excellente tisseuse. Les Japonais ayant soumis son île à leur domination, ils voulurent emmener la belle pour qu’elle enseigne son art aux femmes de leur pays. Ses compatriotes se doutaient qu’une fois là-bas elle avait fort peu de chance de revenir, belle et sage comme elle était. Elle plairait forcément à un des envahisseurs qui l’épouserait et son excellence serait perdue. Ils résolurent donc de lui tatouer les mains, rompant un tabou (qui perdure encore aujourd’hui dans la société japonaise) et la rendant donc beaucoup moins désirable pour d’éventuels prétendants. Le stratagème marcha et au bout de quelques temps la belle demoiselle revint en son pays où elle vécut longtemps heureuse en pratiquant son métier. Il paraît que cette belle est toujours vénérée aujourd’hui et qu’on peut lui rendre hommage dans la ville de Naha.

Une jolie histoire de tisserande, non ?

Margodric