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Du tissu comme métaphore universelle de la création humaine

11 mai 2021 -

Du tissu comme métaphore universelle de la création humaine

Le livre de Patrice Hugues, le langage du tissu

Avec un titre comme celui-là la moitié d’entre vous vont prendre leurs jambes à leur cou ! De quoi se demander ce qui peut bien me passer par la tête. Mais non, je n’ai pas craqué sous la pression des confinements, des longues litanies de chiffres de décès – contaminés – taux d’occupation de lits de réanimation, du « scandaleux retard de la France dans sa campagne vaccinale », etc. Quoique ?

En fait mes échanges avec Betty me font découvrir toujours plus de ressources, d’auteurs et de notions. Au détour d’une conversation, la voilà qui me branche sur Patrice Hugues, auteur d’un livre qui s’appelle Le langage du tissu. Le zigue est un peu à l’ouest (pour une bretonne c’est plutôt un point positif) et a déjà eu plus de vies qu’un chat. Ecrivain, agrégé d’Histoire, peintre et conservateur de musée, il a pondu le livre dont il est question en 1982. Pas lu ! Et ça ne va pas s’améliorer tout de suite, vu qu’ il n’est dispo que sur un site monopoliste de vente en ligne (que je fuis !) pour une somme conséquente certainement justifiée mais momentanément absente de mon compte en banque. Le bonheur avec internet c’est que j’ai quand même accès à ce dont il parle par le truchement d’articles et d’extraits qui donnent sacrément envie de s’y plonger.

réalisations de Nnenna Okore, qui tisse entre autres du papier ; photo prise sur le blog http://katedine.canalblog.com

Pour Patrice Hugues, le tissu renvoie à tout ce qui est création. Par sa nature apparemment si simple : croiser des fils, le tissu est le produit d’une élaboration mentale qui se traduit par un geste manuel. Il contient des rythmes, des couleurs, des motifs, ou pas de motifs, figuratif ou abstrait, il joue avec la matière autant qu’avec le vide puisque certains points créent des jours. Tout comme la parole, tout comme la musique, tout comme le dessin. On entre en transe quand on tisse tout comme quand on s’installe devant un chevalet ou une machine à écrire. En filigrane, s’esquisse donc la métaphore de départ de ma réflexion : on peut voir dans une étoffe au choix une partition, un conte, un paysage … Je n’y avais pas réfléchi comme ça jusqu’à temps que le monsieur me le mette sous le nez. On en vient alors aux artistes qui passent assez fluidement d’une discipline à l’autre, se laissant faire par la transversalité de l’acte créatif.

On en vient aussi à des curiosités cocasses : le film Wanted, avec Angelina Jolie et James Mac Avoy. C’est lourd et bruyant, un film hollywoodien plein de pan-pan et de boum-boum à la sauce kazakhe, mais le scénario recèle un petit clin d’oeil : dans un monastère (j’ai oublié où, c’est accessoire !) des moines tissent et observent ensuite les toiles qu’ils produisent à la recherche de minuscules imperfections. Quand ils en trouvent, ils interprètent le saut du fil comme un déséquilibre apporté à l’ordre du monde qu’ils doivent corriger … en tuant quelqu’un (sic !).

Morgan Freeman dans les décombres de l’atelier de tissage du monastère

Le film est quasiment inregardable, j’ai eu du mal à le terminer. Mais le postulat de départ m ‘a amusée. Le tissage inspire vraiment des œuvres étranges … Mais il inspire aussi des gestes émouvants et inattendus, et je profiterai d’une prochaine note pour vous parler d’Ilann Vogt, tisseur de textes.

Portez-vous bien. Et à bientôt.

Margodric