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Kintsugi textile

16 août 2022 -

Les tisserand-e-s que nous sommes sont des élaborateurs patients de tissus et d’étoffes précieuses, ne serait-ce que par le temps mis à les fabriquer. Il nous plait d’utiliser de beaux fils : laines variées, soie, lin, toutes ces fibres subissent le passage du temps avec plus ou moins de bonheur et au bout d’un moment, l’usure fait son œuvre. Il faut alors se décider à repriser, ou bien à adapter en retaillant, le cas échéant.

Pendant longtemps, le tissu a été suffisamment cher pour échapper à la poubelle au premier signe de faiblesse. Nos grands-mères passaient de longues heures à repriser chemises et chaussettes, et leurs homologues américaines taillaient vieilles robes et jupons déliquescents pour faire des petits morceaux. On les cousait ensemble pour confectionner jetés de lit et couvertures, tout un art de la récupération : le patch work.

Petits morceaux d’étoffes et broderie main
Composition contemporaine aux couleurs vives

Aujourd’hui, paradoxalement, deux tendances se côtoient. D’un côté, la fast fashion a envahi les marchés occidentaux, avec son cortège d’horreurs (pollution, gaspillage, vêtements de piètre qualité qui se déforment et s’usent en une saison), de l’autre une passion grandissante du public pour le recyclage et l’embellissement textile qui donnent lieu à de véritables courants de récupération. Les trous, les déchirures, les taches ne se cachent plus et ne condamnent plus les vêtements aux ordures non plus. Par conviction morale, par nécessité, et aussi à cause d’une créativité débordante et revendiquée, il est devenu légitime de transformer ses habits abîmés. On trouve ainsi des artistes forcenés qui mènent une révolution silencieuse en créant des objets qu’ils portent et en les publiant sur les réseaux sociaux.

Voyez plutôt :

Une manche usée artistiquement réparée
L’art de la reprise poussé dans ses retranchements
Chaussettes, usez-vous !

De cette tendance naissent les courants de la mode de demain, ce qui est anecdotique, mais surtout donnent la possibilité à chacun d’entre nous de porter des vêtements uniques, qui reflètent notre personnalité et nos goûts. Sans oublier au passage de continuer à porter des pièces que nous chérissons d’autant plus qu’elles nous accompagnent depuis longtemps, qu’elles sont marquées par notre patte, que leur transformation leur a permis de passer à un deuxième cycle d’existence … Comme dans le kintsugi, vu précédemment, et qui oriente ce mouvement vers un « kintsugi textile ».

Fidèle à l’esprit, baroque dans la forme.

Margodric