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Les essuie-mains

19 novembre 2025 -

Elaboration d’un projet, ou bien en arriver là où beaucoup commencent.

Photo de pelotes gracieusement fournie par le site We are knitters (désolée tout le monde, une photo de mon atelier n’est pas envisageable pour les raisons classiques de bordélisation)

Au bout de quelques années passées à hanter l’atelier de Betty à Chinon, j’ai vu passer moult apprenti-e-s tisserand-e-s déterminé-e-s à conduire à bien un projet personnel dès les bases du tissage acquises. Souvent, le premier saut dans le grand bain fut devant mes yeux attentifs l’assortiment d’essuie-mains. Et c’est compréhensible : bon terrain d’expérimentation, permettant les variations de couleurs et de motifs, facilement offrable ou bien à conserver précieusement comme LA première œuvre. L’essuie-main était -presque- un passage obligé. Mais je ne m’y étais pas frottée, pas encore.

Et puis bon, je me lave les mains, comme tout le monde, et mes essuie-mains du commerce donnaient des signes de fatigue. La bonne occasion pour me soumettre à l’exercice se présentait.

Dans mon atelier traînent un certain nombre de bobines, écheveaux, restes en tout genre. C’est une opportunité d’enfin en apurer mes stocks. Me voilà donc partie à faire un pré-choix, avant toute chose créative, de mon fil de base.

J’ai une prédilection pour le coton. Dès que je tombe sur des pelotes sur le marché de la seconde main (au sens large : recycleries, brocantes ou vide-greniers, dons spontanés), je prends. Avec cette arrière-pensée que les pièces tissées doivent être résistantes et absorbantes, j’opte pour du coton retordu assez épais. Forte de ce premier pas, je prélève dans mon stock des pelotes blanches et des noires, que j’ai en abondance, et les apporte lors d’un samedi chinonnais jusqu’à l’atelier.

S’en est ensuivie une discussion très stimulante et participative avec mes comparses de groupe, chapeautée par dame Betty en personne. Quelle structure ? Comment exploiter cette fibre faussement simple au mieux ? Betty m’a fait remarquer, ce que j’ignorais, qu’il fallait privilégier un fil non mercerisé, qui absorbe mieux. D’autres de mes camarades ont argumenté en faveur ou défaveur de telle ou telle idée.

Cela m’a permis de me projeter assez facilement : la structure reine pour un tissu qui absorbe, c’est le nid d’abeille. Nous avons donc débattu autour du nombre de cadres à utiliser pour mon projet. Comme mon choix s’était porté dès le départ sur un coton de gros calibre, je ne pouvais pas monter ma chaîne sur huit cadres (trop de profondeur, trop de retrait en perspective, avec une perte du travail sur la couleur). Qui dit fil épais dit de plus la possibilité d’un motif un peu plus grossier. Et enfin, la punk-attitude (très sage présentement), d’un travail un peu fantaisiste sur mes couleurs requerait de toute façon de l’échantillonnage à la maison.

J’ai donc fini par me fixer sur un nid d’abeille sur quatre cadres. L’enlissage en chevron est d’une simplicité biblique, l’attachage et le pédalage le sont tout autant. La perfection pour tisser agréablement. Et en plus je peux aussi m’amuser sur le chevron et pas obligatoirement rester sur le nid d’abeille.

Pour échantillonner à loisir, je me suis montée une longue chaîne. De quoi mettre au point ma densité. Comme d’habitude j’avais pris mes fils au pif et leur titrage avait une petite différence selon la couleur (c’est tout moi ça). Donc au final ma chaîne a une densité plus importante sur un tiers de sa largeur. Voilà pour le punk.

Pour le côté très pratique, moins glamour mais important : le soin apporté aux bords tissés qui feront l’objet d’un ourlet. J’avais vu lors de mes cours que Betty recommandait un fil tout fin en trame entre chaque essuie-main. Cela permet après découpe de pouvoir faire un repli qui ne soit pas trop épais.

Toutes ces petites péripéties dans l’élaboration d’un projet en font une partie du sel. C’est ce qui rend le tissage artisanal si précieux. Et la participation du groupe donne un supplément d’âme à l’ensemble. Réjouissons-nous de pouvoir travailler de conserve, Noël se profile. C’est la meilleure saison pour apprécier la valeur du collectif et la placer au centre de nos humanités.

Margodric

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Tissage a 4 mains

Une curiosité : le tissage à 4 mains

6 septembre 2022 -

Ça faisait longtemps que je n’étais pas passé visiter un stage d’été de Betty. Je déboule et que vois-je ? Un attelage étonnant de deux stagiaires sur deux métiers à la fois en quinconce. Marie-Odile de Biscarosse (Landes) et Vivette de Joigny (Yonnes) se partageaient un métier à manettes pour un double tissage et un métier à pédales armuré en crackle. Et elles étaient ravies de cette configuration qui leur permettait d’apprendre ensemble deux techniques en même temps sur deux types de métiers.

Les réalisations communes de Marie-Odile et Vivette : crackle en cotolin et double tissage en laine

Voici ce qu’elles m’en ont dit : « Ça demande une grande concentration de passer de l’un à l’autre, mais c’est beaucoup plus riche. Comme on a eu un coup de foudre l’une pour l’autre et qu’on voulait toutes les deux être sur le petit métier à pédales, c’était la bonne solution. Évidemment, il fallait que nos niveaux soient compatibles et surtout complémentaires, ce qui était le cas. On a été surprise de cette proposition de Betty, mais on lui a fait confiance… On a tant appris qu’il va falloir un temps pour tout assimiler ».

Marie-Odile et Vivette attachant les pédales du métier Spring de chez Louët

Betty m’a donné ses explications : « C’était pas gagné, il faut être joueuses pour accepter de travailler comme ça, mais le pari est gagné, ouf ! J’ai proposé cela parce que certes, ça va plus vite sur le métier à pédales, mais une fois que l’attachage est fait, on n’a plus besoin de comprendre, ça se fait tout seul, c’est programmé, alors que sur un métier à manettes, il faut réfléchir à chaque fois aux cadres qu’on veut lancer, il n’y a pas de programmation ni d’automatisation, ça rend intelligent. Or moi je veux que mes stagiaires assimilent bien ce qu’elles font pour chaque armure. Donc le métier à manettes pour comprendre ce que l’on tisse et le métier à pédales pour surtout apprendre à bien attacher les cadres aux pédales afin d’avoir un geste fluide et souple ».

Conclusions des tisseuses à 4 mains : « On est devenue des sœurs jumelles, les collègues nous traitent même de vieux couple ????.

Betty est parfaite : drôle, rigoureuse, patiente, elle adore ce qu’elle fait, elle explique bien, elle met en confiance, elle « détend du râteau » (sic), on apprend beaucoup beaucoup beaucoup avec elle. Deux critiques toutefois : elle est trop loin de Biscarosse/Joigny et on a trop mangé » ????.

Michel

 Stage ARTissage Chinon
Juillet 2022, le groupe de Marie-Odile et Vivette, à gauche de la photo, avec Florence, Isabelle et Monique

Muriel note tout se qui passe

Les pensées de Muriel

26 août 2016 -

Muriel a participé au stage du mois d’août 2017. Cinq personnes étaient présentes, venues de toute la France. Quelques jours à peine ont suffit pour qu’une jolie complicité s’installe entre nous, chacune partageant avec les autres stagiaires ce qu’elle avait compris ou osant sans gêne poser les « questions idiotes » qui lui passaient par la tête.

Brigitte venait pour la troisième fois et souhaitait s’initier au métier 8 cadres. Au programme, un magnifique effet de couleur dans les tons bleus. Enlissage un peu complexe, attachage impressionnant au départ, puis peu à peu décrypté, pédalage un peu rythmé… Entre Shadow Weave et Echo Weave. Brigitte, peu à peu, a abandonné le schéma pour tisser avec fluidité, ayant mémorisé le cheminement de pédalage. Bravo !

Brigitte apprend à retenir son pédalage pour un tissage tout fluide

Véronique venait pour apprendre à tisser sur son métier Lervard 9. Sûre qu’elle est devenue la reine des réglages. C’est un métier pliable et à contremarche ; son défaut majeur reste la complexité du réglage des cadres, des marches, des contremarches et des bricoteaux. Véronique a dû passer un bon moment assise par terre avant de trouver les bonnes hauteurs de toutes ces parties du métier. Quelle patience !!!

Véronique progresse avec patience !

Dominique, Emmanuelle et Muriel découvraient le tissage. Ourdissage, enroulage, enlissage, empeignage, tissage… Avec l’envie de continuer à découvrir, elles sont reparties avec un petit métier pour terminer leur échantillon, jusqu’au prochain atelier : rentrée des classes à partir de mi-septembre. Elles se retrouveront parfois lors des ateliers.

Muriel, tout en tissant, tout en prenant de très nombreuses notes, tout en testant plusieurs techniques, nous a fait la surprise de nous écrire une petite comptine. J’ai trouvé sa prose magnifique, un véritable talent d’écriture. Je ne résiste pas au plaisir de partager ses mots avec vous. Le groupe a plébiscité son texte…

« Dans l’atelier d’ARTissage, il faut être détendu du râteau mais bien tendu du peigne.

En stage chez Betty, il faut pouvoir être Ben Hur sur son char tout en sachant jouer de la harpe et siroter la part des anges. 

Dans l’atelier de Betty, chaque chose a sa vraie place, surtout les tablettes de chocolat !

Selon Betty rien n’est difficile dans le tissage, mais le réglage du métier Levard 9 de Véronique, oh là là !

Dans l’atelier de Betty, Brigitte s’emmêle dans ses calculs, Dominique dans ses fils, Véronique dans ses pédales , Emmanuelle dans sa densité et Muriel dans ses lisières . Mais pas de panique, Betty a une solution pour chacune.

Avec Betty il faut contrarier les lisières, parfois aussi les stagiaires, mais le résultat en vaut la peine et les sourires reviennent.

Pour bien tisser, il faut être bien positionné : Betty s’occupe des cadres du métier et Brigitte des sièges et des postures.

De chez Betty, on repartira avec des calculs plein la tête, des tissus plein les yeux, le goût du Bourgueil-chocolat plein les papilles et un bel échantillon de tissage pour l’envie de continuer…« 

Muriel, Chinon, le 5 août 2017

Merci à Muriel pour le regard attentif qu’elle a posé sur chacune d’entre nous, merci à Brigitte pour nous avoir indiqué les bonnes positions corporelles, merci à Véronique, j’ai moi aussi beaucoup appris sur le Lervard !

Et merci à Dominique et Emmanuelle… pour le Bourgeuil et le Vouvray… 🙂

Dominique et Emmanuelle à l'oeuvre avec Betty

La double chaîne sous toutes les coutures

20 juin 2016 -

Samedi 12 mars, nous voici tous assis dans l’atelier de Betty pour un week-end technique. L’objectif est de découvrir et de comprendre ce qu’est la double chaîne, pour pouvoir ensuite inventer son motif.

Chouette, elle a prévu café, thé et gâteaux ! Moins chouette, elle attaque dare-dare. OK, on boit le café, mais on bosse ! 

Voici donc Betty devant son tableau noir pour nous expliquer les mystères de la double chaîne et du deflected double weave. Pas de répit jusqu’à 13 heures. Si, si, Betty aurait tendance à être un tantinet psycho rigide, on comprend et on mange. Sinon, les explications continuent…

Après le repas, mise en application des explications du matin. Betty nous oblige à cogiter, à réfléchir sur le pourquoi du comment, nous enlève les drafts, les schémas qui donnent les codes. Au départ, j’ai trouvé cela très injuste et inhumain mais à la longue, il s’avère que cette méthode est géniale.

J’ai tout compris, c’est magique, c’est super !

La double chaîne consiste donc à monter deux chaînes en même temps sur son métier pour pouvoir tisser un tissu dessus et un autre en même temps dessous. Puis on apprend à faire passer la chaîne de dessous dessus et inversement. On peut ourdir les deux chaînes en même temps, ou séparément selon le degré de complexité des tissus.

Plus on a de cadres, plus on peut mélanger les chaines par bloc et ainsi obtenir de superbes motifs inversés dessus par rapport à dessous !!! 

Mais ce n’est pas fini, car avec Betty, on apprend toujours plus : un ouvrage tubulaire, les deux chaînes sont alors fermées à chaque lisière et on tisse en rond. C’est surprenant mais très intéressant comme gymnastique intellectuelle. Ensuite, on peut fermer les chaînes d’un seul côté permettant ainsi de tisser un ouvrage qui aura une double largeur à la sortie du métier. Très pratique quand on a qu’un métier peu large, cette technique demande un peu d’attention pour former une lisière, qui deviendra le milieu du futur ouvrage, propre et nette.

Lors de ces eux jours, j’ai travaillé une double chaîne toile mais il est possible de tisser de nombreuses armures à partir du moment où le métier possède suffisamment de cadres pour ce faire.

Voici ma double chaîne :

Double tissage sur 8 cadres, deux blocs différents. Chaîne en écru, et en variation de bleu

 Ben non, cela aurait été trop simple ! Après une bonne nuit de sommeil dans un gite à deux pas de chez Betty, (ça, c’est vraiment bien et pratique), on repart à fond le dimanche sur le travail concernant le deflected double weave. Il s’agit cette fois-ci de juxtaposer des zones où les fils seront tissés en toile avec des zones où les fils flotteront. Après lavages, les fils non entrelacés se rapprocherons les uns des autres. Les possibilités sont infinies…  Armelle a tissé 3 sortes d’enlissage côte à côte.

 Trois enlissages différents sur l'échantillon de deflected double weave

Gilles, déjà très averti sur le double tissage en 8 cadres, s’est lancé sur 14 cadres, oui, oui, 14 cadres, dans une technique qui permettait d’alterner sergé et toile. Il s’agissait pour lui de comprendre comment fonctionnait cette technique. Suis pas certaine qu’il ait tout analysé ???!!! Mais le résultat est tellement joli !

Double tissage sur 14 cadres alternant sergé et toile

Ce fut un WE fantastique, empli de techniques, de rigolades et tellement instructif !

Nous sommes maintenant tous psycho détendus !!!

Merci Betty pour ce moment !!!!

 Valérie

Photo inspiratrice de nos tissages

Quand un groupe d’amies devient un groupe de recherche en tissage

31 octobre 2015 -

Nous sommes un groupe informel de tisserandes amatrices et professionnelles pour certaines. Nous nous connaissons depuis des années ou plus récemment, le groupe reste ouvert, qui veut nous rejoindre est le bienvenu ! Nous nous sommes rencontrées au fils du temps : sur des salons, dans des associations, ou simplement collègues de travail. Nous nous retrouvons une fois par an, en général fin août, chez l’une ou l’autre pour un week-end de partage et d’échange autour du tissage et d’une bonne table bien fournie ! Et pendant un week-end on oublie tout ! Les gosses, le boulot, la toiture qui fuit… On se donne des nouvelles des uns et des autres, on pense à ceux et celles qui n’ont pas pu venir. On découvre nos lieux de vie.

Le postulat de départ, c’est l’échange, le partage, l’amitié et la passion du tissage. Chaque année nous nous lançons un défi et nous échangeons nos réalisations tissées.

Par exemple : – travail sur les jours (réalisations de petits carrés ajourés, ou autre) – les carrés bleus (travail sur la couleur) – les essuies mains (réalisations de 6 essuies mains en lin ou en coton)

Pour 2015, nous sommes parties d’une proposition d’images (2 photos : le feu et les rizières en terrasses) et libre à chacune d’interpréter, seule obligation : croiser des fils !

Nous avons profité du Festilaine à Valses dans les Deux-Sèvres pour montrer au public combien la création textile est riche et enrichissante. Les tissages partagés ont été exposés, avec un petit mot d’explication sur les techniques utilisées et sur les choix de chacune. Notre travail a été très apprécié et nous avons reçu des félicitations de la part de tisserands professionnels.

Déjà , nous sommes prêtes à nous lancer dans le prochain défi : pour l’année 2016, ce sera « le bois ». Un an à réfléchir, à chercher des fils, à faire des essais d’armures… Quel bonheur !

Armelle, de Parthenay

Elisabeth, Christiane, Jacqueline, les parisiennes – Betty, de Chinon – Odile, la presque bretonne – Nathalie, la bretonne – Odile, de la Loire – Hélène, des hauteurs de Nice.

Crackle – Feu et écorces – Armelle Boivin

J’ai choisi d’interprété cette photo de feu parce que cette année j’ai changé mon poêle à bois pour un poêle à bois avec une grande vitre qui me permet de voir le feu et les flammes… pour dire que le feu a été mon grand sujet de conversation et de réflexion pendant une bonne partie de l’année !

J’ai donc monté 264 fils de laine dans les tons de gris avec 2 tiers en armure « craquelé »sur 4 cadres qui me rappelle l’écorce en train de brûler. Le troisième tiers est en toile( qui donne un sergé décalé et cependant compact). Un fils de liaison allège l’armure et met en valeur l’armure de craquelé. Les flammes sont dessinées par une technique de broché au fur et à mesure du tissage

 

Crackle weave

Lumière – Feu et écorces – Hélène Ladoux

Mon choix s’est porté immédiatement sur la photo d’Odile Faye-Chevallier. Elle m’évoquait le plaisir de rêvasser devant les flammes. Bien sûr je n’avais pas prévu la réalisation. Finalement ce serait une petite tenture. Après moultes cogitations j’ai opté pour une armure simple qui mettrait en valeur les fils de trame. Donc une chaîne en coton (4 fils au cm) et une armure sergé 2/2 permettant aussi la toile. Pour la trame des fils de différentes matières et différents coloris évoquant braises et flammes. J’avais pensé au nœud ghiordès pour les flammes mais après un essai je n’étais pas satisfaite : trop rigide, ni mouvement ni fluidité. L’ « insight » m’est venu en voyant des boucles d’oreilles avec des plumes. A La Droguerie de Nice m’attendaient des bocaux de plumes de toutes les couleurs. Au départ j’avais de bonnes résolutions : tracer un schéma sur du papier quadrillé, mais le naturel l’emporta : je décidai de tramer en répartissant fils et plumes au gré de mon inspiration… Pour terminer j’ai tramé avec des couleurs claires : rêves de printemps au coin du feu.

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Undulating Twill – Feu et écorces – Odile Faye Chevalier

Réalisation sur une armure “Undulating Twill” sur 10 cadres pour que les ondulations du point donnent les impressions des flammes. J’ai essayé de bien regarder la structure et les grandes lignes du mouvement et les rythmes des flammes en utilisant :

– les points – les couleurs – les dégradés et en choisissant des matériaux mats ou brillants, légers ou plus lourds.

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Undulating Twill – Rizière – Odile Faye Chevalier

Réalisation sur une armure “Undulating Twill” sur 4 cadres pour que les ondulations du point donnent des impressions de l’eau et les mouvements des grandes lignes. J’ai essayé de bien regarder la structure et les grandes lignes du paysage et les rythmes des rizières au fur et à mesure du tissage 
en utilisant :

– les points – les couleurs – les dégradés et en choisissant des matériaux mats ou brillants, légers ou plus lourds.

Ondulating Twill

Tissages aux Torons – Rizière – Odile Corteggiani

Choix des photos : après avoir posé sur la table les matériaux dont je disposais, le choix de la réalisation de “la Rizière” s’est imposé. Réalisation : Le mouvement des rizières m’a évoqué une technique de tissage que j’avais “approché” il y a 4 ans : le tissage sur TORON.

J’ai donc ressorti mes souvenirs et mes notes pour reprendre cette technique non maîtrisée. Le TORON utilisé est en papier : je n’ai pu maîtriser  le sens à donner au toron qu’à moitié. Après bon nombre de  passages des fils qui m’auraient permis de réaliser au moins 3 “œuvres” dans le même temps, voici le résultat de cette humble expérimentation.

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Diagonales- Rizière – Christiane Lebellec 

J’ai utilisé un tissage point toile en lin vert clair très épais (artifilum). Au départ c’était un tissage sur cadre pour remplir au point noué. Mais je l’ai défait car cela ne me plaisait pas. Le vert correspondait à celui des rizières, j’ai séparé la surface en diagonales dans les deux sens. Cela me donnait des parallélogrammes que j’ai remplis au point de tige dans les différentes couleurs de ces rizières, les unes en lumière vive, les autres à l’ombre dans les bleus.

Les points ont des orientations différentes comme ces terrasses en escalier.

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Echo weave Ondulé – Rizière – Betty Briand

Je ne voulais pas faire une reproduction de la photo, seulement me laisser habiter par la photo. Je souhaitais aussi tisser une écharpe. Deux choses m’ont inspirées dans cette photo : le dégradé des couleurs et les ondulations des terrasses.

En tissage, on a l’habitude de traits, de lignes. Or là, le jeu des courbures constituait un véritable défi. La structure Echo Weave, sur laquelle je travaille actuellement, m’a semblé appropriée pour restituer à la fois les courbes et le dégradé des couleurs. Définir l’enlissage, l’attachage et le pédalage m’a pris plusieurs brouillons et plusieurs soirées J. Mon projet nécessitait 4 teintes, chacune déclinées en 4 valeurs différentes, soit 16 couleurs au total. Parmi les laines dans mon stock, seule la BB Mérinos de Fonty me permettait cette palette. Ça n’était pas l’idéal, le rendu avec le tissage est trop “mou”… Trouver la bonne densité en peigne et le bon fil de trame s’est avéré long, et au final pas complètement satisfaisant. Par contre, le rendu visuel (courbes et dégradés de couleurs) correspond exactement à ce que je souhaitais. Je n’ai qu’une hâte : refaire ce même tissage en soie…

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